Bien Aimés Frères
Dans un précédant article intitulé « les 3 leviers », j’ai fait mention des 47 loges sur 55 qui ont cessé d’accorder leur confiance à la gouvernance actuelle de la GLNF, et qui ne reconnaissent pas la province « Cœur de France » que l’on veut leur imposer en substitution du « Val de Loire ».
A vous tous mes frères qui, d’une part vous engagez dans la sauvegarde d’un patrimoine spirituel et historique, et d’autre part vous interrogez sur l’attitude des autres collèges provinciaux, il m’a semblé utile de rappeler sous quel angle constant j’ai considéré –et considère encore- la fonction de GMPr.
Vous trouverez donc, ci-après, quelques extraits de mon allocution d’investiture prononcée le 2 mars 2008.
[…Mais rien de tout ceci n’aurait pu se produire ni prendre sa forme sans vous tous mes frères qui m’avez accueilli à Akhénaton il y a plus de 25 ans maintenant. Vous avez guidé et choyé mes premiers pas d’apprenti. Vous m’avez plus tard aidé, suivi et secondé dans le cadre de l’instruction puis de la création des R.L « Aristarque » de Samos et « Léonard de Pise » dont les premiers maillets me furent confiés. Vous m’avez également associé, comme membre fondateur, à la création des R.L. « La Pléiade », « Alcyone » et « Les Portes du Temple ». Vous avez su consoler mes tristesses, secourir mes découragements et lever mes doutes dans les moments difficiles... Mais, par-dessus tout, nous m’avez apporté les plus grandes joies tandis qu’affectueux et unis nous construisions ensemble une authentique fraternité fondée sur le travail et l’allégresse. Aussi bien la haute dignité à laquelle je viens d’être élevé, est-ce à vous que je la dois, à vous et plus particulièrement à votre amour fraternel qui a façonné le maçon que je suis devenu. C’est pourquoi cette installation qui m’honore tant doit également vous honorer car, dans un certain sens, c’est chacun de vous qui vient d’être installé ce matin.
Dès avant la naissance, sont inscrits dans notre patrimoine génétique ce que seront plus tard notre taille, la couleur de nos yeux et certains traits de notre personnalité,. Mais le séquençage du génome humain n’a pas permis d’isoler le gène correspondant à la fonction de GMPr. C’est qu’il ne s’agit pas d’un caractère (dominant ou récessif), mais d’un dépôt temporairement confié à l’un d’entre nous, après qu’aient convergé ou conflué à son bénéfice, bien des événements épousant les formes de la destinée. Et si dans les conversations courantes il m’arrivera souvent d’entendre : “toi qui es GMPr...”, la formulation, pour commode et flatteuse qu’elle est, ne reflète en rien ma conception de cette réalité. Car à tout moment le sentiment d’être le gardien momentané de cette dignité l’emportera sur d’éventuelles tentations de m’en croire l’acquéreur. A mes yeux, dépositaire et propriétaire sont des antonymes qu’on ne peut réconcilier. C’est là-dessus, toute ma vie durant, que j’ai principalement fondé ma liberté de penser et d’agir. Dans ce sens, je souhaite ne jamais vous apparaître sous le jour d’un potentat autoritaire et arbitrairement exigeant mais sous le jour d’un frère bienveillant et serviteur de cette sérénité qui favorise l’élévation de l’esprit…]
[…Il y a trois états progressifs de la compassion dont tiennent certaines douceurs parfumées. Je souhaite que tout maçon de quelque rang qu’il soit les fasse successivement siens au profit des frères plus jeunes qu’il doit instruire. Le premier est celui d’un roi qui se fortifie lui-même avant de donner. Le deuxième est celui du chef qui devance ses troupes pour les inviter à passer sur l’autre rive. Le troisième et sublime état de la compassion est celui d’un compagnon qui, à l’image du berger, ne pense d’abord qu’aux autres.
On le reconnaît à ce qu’il ne montre jamais le chemin, il le propose ; à ce qu’il ne prétend jamais dire la vérité, préférant aider chacun à découvrir celle qui est en lui ; à ce qu’il invite toujours à faire l’économie des certitudes dogmatiques au profit des convictions librement examinées.
Vous l’aurez compris mes frères, il m’importera plus que tout de simplement incarner à vos yeux l’esprit d’union fraternelle qui doit indéfectiblement vous lier les uns aux autres.
Chaque chantier, chaque atelier, doit abriter une famille unie dont la loge est sa maison. Pas une maison perdue au fond des bois ou isolée dans le milieu de quelque rase et sauvage campagne ; mais une maison qui en jouxte suffisamment de semblables pour former avec elles un village nommé “Grande Loge Provinciale”…]
[…Je voudrais que la question “d’où venez-vous donc mon frère” vous suggère spontanément deux réponses : celle ancienne, rituélique et hautement symbolique “d’une loge de saint-Jean” et celle autant effective qu’affective “de la province du Val de Loire”…]
[…J’ajouterai, au risque de vous étonner, que toute loge symbolique devrait immanquablement éveiller chez les jeunes maîtres maçons la curiosité et l’ambition de chercher des réponses aux redoutables questions posées par la dramaturgie du 3ème grade. Je pense même que l’éveil de ces jeunes maîtres est de nature à exprimer la qualité des travaux qu’ils auront partagés dans leurs loges symboliques.
Or, je ne suis pas sans savoir où se recherchent les réponses à ces questions posées par la maîtrise.
C’est pourquoi mes frères du Directoire et du Grand Prieuré de France, mes frères maçons de Marque et autres degrés latéraux, agrégés ou alliés, mes frères du Suprême Conseil, mes frères du Grand Chapitre Français, mes frères encore vous référant à Nova Scottia ou à Kilwinning, êtes-vous en face d’un GMPr qui, à l’image de son prédécesseur, aura le plus grand respect pour vos différentes juridictions. Permettez encore qu’à mes yeux, la vigueur de ces juridictions puisse me réjouir, car elle témoignera du bien-fondé des dispositions que nous aurons prises à la faveur des loges symboliques considérées comme berceau d’une spiritualité authentique et légitimement poursuivie dans les systèmes appropriés de perfectionnement.
C’est un voeu sincère que je viens de vous exprimer. Il trouvera sa réalité dans le dialogue et sa pérennité dans le respect de nos mutuelles souverainetés. Quoique soucieux de leur épanouissement, je n’irai pas, comme on le dit familièrement, mettre mon nez dans vos affaires. En retour, je vous demanderai de comprendre qu’il m’est enjoint d’appliquer à l’échelon provincial les grandes lignes établies par le grand maître au plan national. Aussi longtemps qu’elles me paraîtront légitimes (1), dans l’intérêt des frères et de leurs loges bleues, je demeurerai fidèle à cet engagement…]
[…Car, en vérité mes frères, c’est en dehors de la loge que prendra forme votre véritable initiation. Sachez prouver au monde, par une conduite vertueuse, affable et discrète, l’heureuse et bienfaisante influence de notre ancienne et honorable institution, afin qu’au seul nom de maçon le monde soit bien convaincu que celui qui le porte est un de ceux à qui les affligés peuvent confier leur peine, à qui les malheureux peuvent demander aide et protection, un de ceux enfin dont le bras est guidé par la justice et dont le coeur déborde d’amour. Cette dernière phrase est empruntée à un très ancien rituel d’installation. La beauté des préceptes qu’elle exprime ne doit pas la réduire à une élégante forme littéraire mais la proposer comme viatique de tout homme juste, droit et né libre. Si nous avons assez de sagesse pour le comprendre, assez de force pour le mettre en oeuvre, cet idéal revêtira la beauté des pierres parfaitement ajustées. Alors, comparable au chantier antique, le tenue en loge ouverte pourra être le lieu où les frères, tels les matériaux préparés dans une carrière lointaine, pourront vérifier sur place la précision des ajustages et la qualité du ciment fraternel qui les unit…]
[…De l’utopie à l’idéal, la distance n’est pas si grande, car ne sont utopiques que les idéaux que l’on a pas eu le courage ou la force de réaliser…]
(1) Ces grandes lignes posent évidemment question de nos jours car, les ayant jugées contraires à l’esprit maçonnique et au bienfait de vos loges………
Vous remerciant de votre attention - Bien fraternellement - Thierry Perrin
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